Edgar Wright m’a tuer.

Lui, je l’ai longtemps attendu.

Découvert par hasard au détours de sa toute première bonne annonce – et découvrant l’oeuvre à l’origine de tout par la même occasion – Scott Pilgrim Vs The World est rapidement devenu un de mes Most Wanted cinématographique de l’année 2010. Pas difficile dans le fond, quand regarde plus en détail cette bande annonce: de la baston avec des supers pouvoirs, de l’humour, des références typiquement pour Geeks, des onomatopées de comics en pleine baston, une musique qui déchire en fond et… Edgar Wright aux commandes.

Edgar Qui ?

Edgar Wright, le réalisateur du cultissime Shaun of The Dead et du moins bon, mais néanmoins fort sympathique Hot Fuzz. Donc, je pense que je pouvais légitimement en attendre que du bien. Malheureusement, l’avenir du film chez nous est plutôt sombre, même à l’heure actuelle où j’écris ce billet: le distributeur français ne semble pas quoi faire du film (Retardé sans cesse pour sortir seulement 5 mois après le reste du monde), avec un marketing proche du néant (Le distributeur ne savait pas que le comic était traduit en France) se concluant par une forte probabilité d’une sortie technique au cinéma (Comprendre par là: 10 salles en France grand max, et à Paris); le tout sans compter sur une bonne VF, au vu du premier et dernier trailer disponible. Triste.

Résultat de cette sortie en catastrophe ? Eh bien celle que tout le monde attendait, que l’on ne pouvait pas vraiment omettre malgré son caractère douteux et non optimale; si on voulait voir le film sans attendre encore 3/4 mois de plus pour une hypothétique sortie DVD dans l’anonymat le plus complet: la solution tipiak. Honte à moi, peut être, mais je ne regrette pas clairement pas ma décision et je me rattraperais volontiers s’il sort chez nous. Un jour.

L’histoire, pour résumer (parce que je l’ai déjà faite ici), c’est l’histoire d’un certain Scott Pilgrim, qui veut sortir avec Ramona Flowers. Mais pour ça, il doit affronter ses 7 ex-maléfiques. Voilà, c’est tout. Pour faire en gros. Pas de suspense, allons à l’essentiel: Oui, le film est une réussite. Pas totale, mais une franche réussite quand même.

Parce que, quand on connait le comic, c’est de voir avec quel talent Edgar a su l’adapter à merveille. Je ne vous apprendrais rien en disant que beaucoup de choses ont été supprimées et revues pour s’accommoder à son nouveau format. Mais c’est une adaptation intelligente, conciliant à la fois nouveau venu dans l’univers de Scott et fans du comic, histoire que tout le monde jouisse du spectacle.

Pour faire mon chieur, j’aurais aimé que certains pans de l’histoire de la BD soient présents, que certains personnages ne soient pas passé sous silence. Parce que, dans le fond,  ça aurait donné de l’épaisseur au scénario (J’y reviendrais) ou tout simplement, aurait été plaisant de voir ces passages « animés ». Tant pis, l’adaptation ciné restera dans ma tête. Et puis, avec le recul, ça manque terriblement de référence, pour un produit 100% pur Geek. Ce n’est pas en mettant 2/3 sons tirés de Zelda, Mario, Sonic et Street Fighter qu’on peut véritablement parler d’hommage.

Mais au delà de ça, l’adaptation est, et restera, surprenante de qualité et réussie le tour de force de rester fidèle à l’original malgré ses 2 heures bien remplies. On garde globalement un vrai bon rythme, l’action s’enchaîne – quasiment – sans temps mort, les petites tranches de vie sont toujours plaisantes à suivre, les répliques et les jeux de mots claquent bien comme il faut, nous laissant avec un bon gros sourire de plaisir sur les lèvres (Bien qu’une fois n’est pas coutume, le film est à voir en VOST… US. Même un sous titrage français ne peut pas retranscrire certaines excellentes vannes). Mieux encore, les nouveautés de scénario ou réarrangement de certains passages sont tout aussi bon – si ce n’est mieux  – que les originaux.

Car c’est aussi la grande force et à la fois faiblesse du film: à force d’avoir cherché à réadapter 6 tomes de 200 pages en un film de 2h, le film Scott Pilgrim est un film dense, tellement dense que le principal défaut du comic disparaîtrait presque sous nos yeux, lui permettant probablement de toucher un maximum de personnes, non initiés à la BD.

Pour rappel, ce qui m’avait gêné dans le comic, c’est ce scénario tellement farfelue qu’il en devenait rapidement – malheureusement – incompréhensible: peu voir pas d’explication sur les situations présentes, avec pleins de détails qui donnent l’impression qu’on va avoir un gros bout de scénario dans le tome suivant pour finalement aboutir sur… du vent. Comme si de rien n’était.

De ce fait, le film passe tellement vite sur les détails de l’histoire qu’on n’a absolument pas le temps de se concentrer dessus. Ca va tellement vite qu’on a à peine le temps de se dire « Oh wait, j’ai rien capté » qu’on est déjà passé à la scène suivante, sans que ça soit véritablement gênant, contrairement au comic. Mais ça, c’est un peu « l’avantage » du format Cinéma, on a le mérite de ne jamais s’emmerder vu le rythme imposé. Et quand on sait que certaines personnes n’avaient pas aimé le comic pour cette raison ô combien compréhensible, on se dit que c’est pas forcément un mal.

Mais là où c’est aussi une faiblesse, c’est que, fatalement, le scénario est extrêmement réduit, voir pauvre. On passe finalement à la trappe la profondeur des personnages, le développement de la relation entre Scott et Ramona et un paquet d’autres aspects pour laisser place …. à l’action pure et dure.  Fini – ou presque – la romance made in Toronto, et place à l’action virevoltante sous la supervision du très bon Edgar Wright.

Car la dessus, à défaut d’avoir un pur scénario et une vraie profondeur, on ne sera que difficilement déçu du spectacle visuel ô combien jouissif que le réalisateur nous offre. Action lisible et dynamique à souhait, clins d’oeil à la culture 8bits, effets visuels du meilleur effet, le tout accompagné d’une excellente bande-son, Wright nous délivre une réalisation véritablement efficace et soignée, sans fioriture. Et c’est sans compter sur de bons acteurs – bien que Michael Cera (Scott Pilgrim) semble un poil en retrait – ressemblant et franchement à l’aise dans leurs rôles respectifs (Ah, Wallace, un des meilleurs personnages du film, comme du comic !), pour compléter un si beau tableau.

Et à partir de ce constat là, le pari pour avoir réussi à adapter une telle oeuvre est amplement réussi. Pas ultime comme prévu – comme le comic en fait – mais terriblement grisant dans l’absolu. Que l’on soit fan ou non de la BD, voir que l’on ne la connaisse pas du tout, Scott Pilgrim est une oeuvre presque unique à voir absolument, au moins une fois.

Merci, Wright.

Scott Pilgrim, that was epic !

Afin de célébrer comme il se doit la fin du comic Scott Pilgrim dans sa langue maternelle au bout de seulement 6 tomes, j’ai concocté un petit podcast comme j’en ai l’habitude, garanti sans spoiler, pour exprimer mon ressenti sur cette oeuvre originale et drôlement plaisante, à lire, une fois n’est pas coutume sur GHZ, en VO en priorité.

Pour ceux qui n’aime pas le streaming (et je les comprends), il existe aussi une version MP3 du podcast ici même. Parce que bon, faut être honnête, difficile de mettre de la vidéo sur un podcast dédié à une BD et je n’avais pas envie de filmer ma trogne ou de mettre des extraits vidéo des produits dérivés.

Je ne sais pas si les très courts extraits audio du futur film pour créer des « pauses », comme d’habitude, sont une bonne idée mais ça permettait quand même de souffler un peu sur ces 7 min de parlottes sur un sujet qui ne se prête pas à la vidéo. N’hésitez pas à critiquer, ça me servira !

Maintenant, il n’y a plus qu’à savourer la sortie du jeu vidéo sur le XBLA/PSN fin Août pour 1200pts (soit 14€) et du film le … 1er Décembre 2010 chez nous. ‘Ya intérêt que la VF déchire pour nous faire un tel retard en France, alors que ça sort à la mi-Août aux US. Et si c’était ça, la French Touch ?

Disponible sur Dailymotion aussi ici.