Sur la piste de l’adaptation réussie

Comme pour beaucoup – je suppose – de gens de mon âge (si ce n’est plus), le Marsupilami fait indéniablement parti de mon patrimoine culturel concernant la bande dessinée franco-belge, aux côtés des Spirou, Astérix, Gaston, les Tuniques Bleues et j’en passe. Quand on a un père extrêmement fan d’une bonne partie de la production du genre, où ses étagères dédiées à la BD sont constamment pleine à craquer, rien de plus logique de s’être laissé tenter étant mino. Après, j’avoue ne pas avoir de très grands souvenirs du Marsupilami (Eh, je préférais Spirou). Des personnages ici, quelques situations par là: j’ai beau connaître un petit peu l’univers, je suis limite comme vierge, comme un débutant devant la vision du film. Et je suis très hésitant quant à relire les tomes, j’ai quand même peur que ça ait mal vieillit comme d’autre BD de mon enfance… Mais soit, pour le moment, parlons cinéma.

Alain Chabat, c’est un peu la personne qu’on doit remercier pour avoir pondu la meilleure adaptation de BD franco-belge humoristique à ce jour, voir adaptation de BD au sens large, toute nationalité confondu, tout court. Il est un des rares à avoir compris comme adapter une BD telle qu’Asterix: prendre suffisamment de distance avec le matériau d’origine pour mieux l’adapter à son nouveau format. Ne pas chercher à bêtement singer l’original, sans le trahir non plus. Asterix et Obelix: Mission Cléopâtre donne donc une vraie leçon de cinéma, en terme d’adaptation: un film tout public, mais pas enfantin pour autant, avec un certain « double sens de lecture » via ses très nombreuses références « pour adulte » (Comment s’appelaient-ils déjà ? Highkix et JournalduX?), une vraie touche personnelle (Très « Cité de la peur » justement), tout en restant fidèle à la BD dans les grandes lignes. Son principal défaut est qu’il restera surtout condamné à rester bloqué dans une certaine époque, justement, avec ses références à gogo. Mais peu importe, c’est bien le résultat qui compte, fallait être né plus tôt, eh.

C’est donc le Marsupilami qui passe dans sa propre moulinette. Les premières images faisaient peur (Le Marsu avait – et a toujours – une tête particulière) et comme Chabat n’avait pas spécialement enchaîné les tueries cinématographiques depuis (Son Rrrrrr qui a plutôt fini en Pfff), ça n’inspirait pas forcément confiance (et ça se comprend). Surtout quand on repense en plus aux autres tentatives d’adaptations de BD franco-belges sur grand écran, comme Lucky Luke ou plus récemment Ducobu… Et même prochainement Boule et Bill (oui, fallait que je le case, vu la vague d’indignation relevée sur la toile). Et pourtant ! Force est de constater que le résultat est… rassurant. Pas totalement réussi, pas aussi bon qu’on pouvait l’espérer d’un Chabat, mais quand même très loin du désastre annoncé.

Sur la piste du Marsupilami est un film qui, dans le fond, déborde de bonnes intentions et garde une bonne humeur communicative du début jusqu’à la fin. Si l’adaptation d’une telle BD est casse gueule (comme n’importe laquelle d’ailleurs, BD, roman ou jeu de société), on sent malgré tout que notre Alain national se fait plaisir jusqu’au bout. On a beau parfois constater quelques vannes/passages un peu loupés (J’y reviendrais), Chabat arrive régulièrement à garder le cap et à nous faire sourire de bon coeur. Qu’on aime ou pas Jamel Debouze par exemple (pourtant indéniablement à l’aise dans son rôle, il m’a bien fait rire), il y a toujours une petite vanne, un autre personnage qui fera mouche, parce qu’on sent indéniablement la patte de réalisateur, on retrouve un peu ici et là ce qui a fait son succès d’antan (à partir du moment où l’on me fait repenser à la série des « Avez vous déjà vu… » dans certains gags, c’est le Seal of Qualitay direct). Peut être pas au sommet de sa forme comme à l’époque, mais suffisamment pour nous dire « Ouf, l’adaptation est sauvée ! » et « Je passe quand même un bon moment ». Et c’est sans doute en grande partie par son casting, où chacun y trouvera – je pense – son compte, parmi globalement des acteurs qui ont la pêche et qui semblent s’amuser dans leurs rôles; qu’on doit cet esprit bon enfant, toujours agréable. On repensera notamment à un Lambert Wilson qui semble avoir trouvé le rôle de sa vie, ou un Fred Testot des plus sympathiques (J’avoue que je ne suis pas un grand fan du SAV de Canal +) en scientifique fou ridicule.

Malgré tout, si on peut lui reprocher quelque chose quand même, c’est bien les « limites » de cet humour. Pas qu’il soit mauvais ou mal employé, juste qu’il ne vise pas… le même public qu’un Mission Cléopâtre. Ici, très peu de références à la pop culture moderne (Même si ça fait plaisir quand on en découvre, sinon ça ne serait pas du Chabat), mais bien plus de gags « visuels », basé sur une gestuelle, un comique de situation, typiquement pour… plaire aux enfants. On sent bien plus l’envie de ratisser plus large vis à vis du public avec davantage de gags où les personnages font parfois l’idiot sans trop de raison, se cassent la figure accidentellement ou prennent des voix « rigolotes »; bref, des gags « faciles » (mais non mauvais pour autant) pour plaire à tous, surtout pour les plus jeunes. Du coup, ça m’a moins convaincu à plusieurs reprises parce que je sentais bien que je n’étais pas la cible. Certains gags vont peut être un peu « loin » dans l’absurdité (Ah, la Femme d’Or), dans le type d’humour que je recherche, que ça m’a un peu laissé sur ma faim. Certes, Chabat n’a pas toujours fait dans la finesse, mais j’y ai trouvé une plus grande proportion de ce genre de gags qu’accoutumé. Ou j’ai alors vraiment la mémoire qui flanche. Mais cela dit, dans tous les cas…

Voyons les choses de l’autre côté, dans l’autre sens, et ce n’est pas forcément un mal: pouvait-on faire d’une BD telle que le Marsupilami une adaptation/oeuvre aussi référentielle que Mission Cléopâtre ? Au vu du protagoniste de la BD – le Marsupilami bien sûr – pouvait-on faire autre chose qu’un film principalement tourné vers les enfants ? La perche était bien plus grande vis à vis d’un Astérix et ça se comprend totalement ! Le coeur de cible me paraît totalement légitime, cohérent, mais si ça m’a parfois laissé sur la touche. Après, au risque de me répéter, il y a toujours une scène qui en rattrapera une éventuellement pas aussi bonne escomptée, toujours ce bon esprit, ces gags parfois très bien trouvés, ce qui fait qu’on ne s’y ennui que très peu (allez, le début est un poil poussif, mais ça passe).

Alors oui, sinon, la grande question vis à vis de cette adaptation: Oui, la version 3D de l’animal n’est pas toujours une grande réussite question design (quoique, la encore, j’ai du mal à imaginer un autre design « réaliste » – pouvait-on faire « mieux » ?) mais son animation fait parfaitement son boulot, son rendu est plus agréable qu’il n’y paraît et passe bien à l’écran (Si ça peut en rassurer certains: oui, on le voit pêcher du Piranha !)… et quand bien même, la créature est parfois trop meugnonne sur certains plans, notamment dans le plan final que mes faibles souvenirs de gosses réclamaient. Faut simplement prendre le temps de s’y habituer, et ça passe finalement bien.

Le pari me semble donc amplement réussi à ce stade et les plus jeunes ont l’air d’adorer. Dans le fond, je les comprends. Ah, que j’aurais aimé avoir 15 ans de moins (merde, je me sens déjà vieux) pour voir ce film et le savourer pleinement ! En attendant de trouver une formule miracle, il n’en reste pas moins un bon petit film et qui arrive surtout à prouver qu’on peut toujours adapter l’inadaptable. Ou presque. Curieux de voir Boule et Bill.

Les films de l’automne (Ou presque) – custom selection

L’automne ayant fortement fusionné avec l’été durant le mois d’Aout, c’était l’occasion idéale de se changer les idées en allant mater 2/3 films pour éviter de se pendre avec un temps pareil. Après un premier blockbuster explosif, passons alors à la 2ème vague perso, avec du kitsh, de la propagande et des primates au programme. Tout n’est pas aussi réussi qu’escompté, mais la prise fût relativement bonne.

Green Lanthern

Ou comment commencer doucement. Mollement même, mais ce n’était pas si mauvais que ça… L’univers DC comic ne l’est pas trop familier: encore pire que l’univers Marvel, cet autre côté de la force chez les Comics ne m’a jamais attiré plus que ça dans l’ensemble. J’ai tendance à trouver la plupart des héros plus souvent ringard et kitshs que leurs homologues Marvelesque. Après, je suis bien conscient que les univers sont tellement vastes qu’on pourra toujours trouver un cas contraire; mais perso, « en surface », DC Comic ne me laisse pas une forte impression, à part Batman, forcément, éventuellement Superman et… pas grand chose d’autre.

Peu importe, parce qu’il faut bien se lancer aussi dans ce vaste univers pour ne pas mourir idiot, c’est Green Lanthern qui passera à la casserole. Comme dit précédemment, le héros est kitsh: un vert fluo bien prononcé, un pouvoir issu d’une bague tout en se trimballant de temps en temps une lanterne pour le recharger, ça n’inspire forcément pas confiance… Et pourtant !

Mais allons à l’essentiel: Green Lanthern n’est pas un mauvais film mais souffre, de façon un peu trop prononcé du syndrome « Racontons à tout prix les bases du perso et de ce qui l’entoure et attendez le numéro 2 pour voir réellement un truc intéressant ». Mais si, vous savez bien: vous allez voir un film de super héros, une adaptation de grosse licence; un « truc connu » quoi. Donc du coup, vous savez déjà ce qu’il va se passer (ou presque), vous connaissez au moins les bases et savez pertinemment que c’est le plus lourd dans un tel récit, parce que tout le potentiel ne se révèle qu’après un bon petit moment. Green lanthern en fait parti.

J’ai beau ne pas tant le connaître que ça, je sais un peu comment il marche: la bague permet de faire apparaître un peu ce qu’il veut grâce au pouvoir (au sens propre du terme) de la Volonté pour combattre les grands méchants pas beau qui en veulent aux fesses de la Terre. Pas grand chose de plus, mais eh, thème du super héros et film grand public oblige, c’est amplement suffisant. Du coup, après quelques bribes dans les bandes annonces et au début du film en guise de mise en bouche, le constat est clair: ce pouvoir est mega cool en fait. On sent un fort potentiel pour faire un film d’action très spectaculaire et surtout inventif à la fois, ce qui n’est pas trop de refus. Hélas, dans les faits, il faut tout raconter avant d’en profiter pleinement (mais trop tardivement).

Pourtant, en soit, ce n’est pas si mal fichu, on assiste à toutes les étapes typiques du super héros (vie privée/sentimentale, découverte du pouvoir, entrainement, combat en situation réelle et boss fight), plutôt bien fichu dans l’absolu. Mais la sauce n’arrive pas tellement à prendre… En fait, la cause, à mes yeux, est simple (enfin, une partie de la cause): l’absence de charisme des adversaires du Green Lanthern. Ca n’a l’air d’être qu’un détail vu comme ça, mais ça impacte beaucoup à mes yeux l’intérêt du scénario. Comprendre par là, sans trop spoiler (ou très peu) l’ennemi principal n’est qu’un sbire du grand méchant. Mais ce sbire, qui aurait pu largement faire l’affaire « en attendant le boss final », est affreusement laid. Non charismatique. Ridicule à souhait. On n’y croit pas une seule seconde, ses interventions sont risibles et du coup, les combats sont trop peu passionnants pour libérer le pouvoir de la bague. Entre 2, on y trouvera un peu de développement scénaristique, quelques blagues plus ou moins réussis et un peu de romantisme, parce que le Green Lanthern n’oublie pas son 2ème cerveau.

Du coup, il ne se passe pas grand chose. Ou tout du moins, ça donne l’impression de ne jamais décoller. A si ! A seulement genre, 10min de la fin. Si, si. Le potentiel commence à se révéler, on se réveille, on accroche son slip, on en prend pleins les yeux, mais c’est aussi court qu’une attraction à Disneyland: on monte à peine dedans qu’on en ressort déjà.

Résultat des courses: on finit un brin frustré car c’était une base obligatoire, on ne peut pas leur en vouloir pour ça, mais trop longue à se mettre en place et qui décolle aussi vite qu’elle retombe à plat. Mais du coup, si numéro 2 il y a, l’occasion sera parfaite pour enfin faire un film convenable qui mettra bien en avant tout l’étendu de ce potentiel. J’y crois.

Captain America

Là, on s’en sort bien mieux ! Pourtant, dans un sens, le film souffre du même syndrome que l’autre du dessus, mais de façon moins violente…

Pour rappel: Captain America nous raconte l’histoire de Steve Roger, simple soldat américain voulant protéger sa patrie durant la WW2 et décidant de donner son corps à la science afin de tester un sérum transformant la personne en « surhomme », un Super Soldat en gros. C’est ainsi que né Captain America, en 1941 justement et crée principalement dans un but de propagande américaine pour réchauffer les coeurs pendant qu’on se faisait latter les couilles par les nazis. De ce fait, Captain America est le premier super héros dans l’univers Marvel. Autant dire que d’une certaine façon, le film a un certain poids sur les épaules, une façon de voir « le commencement de tout ».

Ici, le bad guy, c’est le Crâne Rouge, un nazi qui souhaite s’emparer du Cube Cosmique, un objet mystique capable de réaliser tout ce que désire l’utilisateur, afin de…*roulement de tambour* conquérir le monde ! Ouais, on est bien dans un comic. En plus, si on le surnomme le Crâne Rouge, c’est à cause d’une expérience censée le transformer en surhomme qui a en partie échoué et l’ayant défiguré à vie (Il voit rouge maintenant). Aux USA, le bon Steve va donc petit à petit devenir le super soldat qu’on connait tous et va devoir contrecarrer les plans du Crâne Rouge, car leurs chemins devaient se croiser tôt ou tard (quel suspens).

Captain America laisse une sensation bizarre.

Dans un sens, on peut le voir comme un reproche au film, et au personnage en lui même par extension: compte tenu de ses origines, il ne ressemble pas tellement à un super héro « moderne », tel qu’on peut le connaître de nos jours. Je veux dire, avec du recul, difficile d’avoir le même type  d’attente (pour ce genre de scénario) pour Captain America (comparé à ce que l’on a l’habitude de voir), alors que dans le fond ce dernier n’est « juste » qu’un soldat américain déguisé un peu plus fort, plus rapide, résistant et alcoolique (comprenne qui pourra) qu’un autre, le tout avec un bouclier super résistant. C’est forcément moins impressionnant que la « seconde vague » apparu dans les années 60 (jusqu’à aujourd’hui) où l’on a commencé à voir pleins d’hommes volants, cracheurs de feu, qui se téléportent, avec des monstres géants et j’en passe. Vous voyez le genre ? (Après, je ne sais pas si les comics ont développé le personnage en 50 ans de carrière)

Partant de ce fait, le constat est simple: on n’est pas tellement dans un film de super héro à proprement parler, mais on lorgne carrément dans un style plus proche des Indiana Jones, avec une « grande aventure », une action finalement plus conventionnelle et… ce n’est pas pour me déplaire en fait. Mais il est évidemment qu’on peut être déçu par cette tournure, mais j’ai l’impression que, vu le support d’origine, pas facile d’en faire « autre chose » sans sombrer dans le ridicule.

Si Captain America est une réussite, c’est parce qu’il arrive à doser un peu chaque élément (l’aventure, l’action, le côté super héro et la mythologie qui va avec (quelques clins d’oeils savoureux)) avec un certain brio. Pas d’ennui en vue avec un bon dosage entre action, mise en place du scénario et quelques touches d’humour bien vues; et des méchants qui, eux, ont un minimum de gueule (M. Smith, content de vous revoir), de prestance, de charisme (et cet accent « nazi », miam, je m’en lasse pas). Et qui dit dosage réussi, dit un intérêt constant et dit aussi une certaine « crédibilité » à l’ensemble, il n’en fait pas des tonnes (pas tant que ça).

On reste, à ce niveau là, dans un film de super héro avec les tares qui vont avec (la fin (scénario et combat final) est très vite expédiée, car on sent qu’il fallait rapidement mettre le lien avec les Avengers) mais pour une fois, le fait de suivre un « mec en costume moulant » et de le voir se battre avec n’est pas si ridicule que ça et est finalement cohérent avec le reste. Je ne spoilerais pas trop l’élément scénaristique qui rend cet aspect si crédible, mais c’était bien trouvé et parfois même très drôle, avec une belle auto dérision franchement bien sentie.

Après, pour en revenir à la comparaison initiale, reste toujours ce petit sentiment d’être obligé de repasser à la case départ, mais on le savoure bien plus que Green Lanthern, car mieux réparti, plus dense, plus accrocheur. Mais on aimerait encore plus de Captain America en train de botter des culs de nazis ! C’était en parti pour ça qu’on était là. The Avengers, je t’attends au tournant.

La Planète des Singes: Les Origines

Assurément le meilleur des 3. Je n’ai pas été souvent en contact avec la licence: j’ai probablement du voir au moins un des 5 films d’origines dans ma jeunesse suite à une énième rediffusion télé (mais je n’en ai aucun souvenir) et le remake de Burton, n’ayant pas une très bonne réputation apparemment, ne m’a pas marqué non plus. Pourtant, et c’est pourquoi je suis allé voir ce « reboot/préquel/whatever », j’adhère totalement au concept du singe qui rattrape l’homme et le surpasse même au point d’en devenir la race dominante sur Terre, en partant d’une simple erreur humaine, justement.

Le titre est assez explicite concernant l’ambition du film: remettre au goût du jour la licence et nous raconter comment tout à commencé, comment tout à dérapé. C’est au côté de César, jeune singe ayant reçu par sa mère un sérum crée par l’homme censé guérir Alzheimer, que la révolution pose ses bases. Proche de l’homme dans ses grandes lignes, c’est donc le singe qui a été choisi pour tester ce nouveau remède « miracle », vu l’avancé qu’elle promet apporter… Et les résultats sont saisissants. Trop même. Les singes deviennent de plus en plus intelligents, développent une véritable conscience de ce qu’ils sont et de ce qui les entourent…Et par la même occasion, prennent conscience que l’homme, c’est mal.

« Les origines » est un film particulièrement efficace, où l’on ne s’y ennui jamais. En fait, sa grande force est de captiver le spectateur, tout en prenant en compte le fait qu’on connait l’histoire dans ses grandes lignes, qu’on connaît la finalité de la chose. Mais le développement de la révolution des primates, sa mise en place et l’évolution de César sont particulièrement bien rendu. César, surtout. Plus le film avance, plus il se révèle terriblement humain, déterminé à changer les choses quelque soit les moyens déployés. C’est évidemment LE héros du film, autour duquel tout gravite.

C’est lui qu’on suit dans ses premières années de simple « singe de compagnie » (Pas de spoil, mais le film se déroule sur plusieurs années), dans lesquels il s’habitue aux contacts des humains (pas toujours très facilement, c’est ici que les racines de sa haine prennent pied) jusqu’à « l’âge adulte » où il décide d’agir pour de bon. César est intelligent grâce au sérum qui parcourt ses veines et apprend vite, très vite de ce qui l’entoure. Du coup, humain qu’il devient malgré lui, on se prend très facilement d’affection pour lui. Même si on le voit se retourner petit à petit contre « nous », on a envie de le soutenir, on a envie de le voir réussir.

En fait, c’est vraiment cet aspect là (et donc tout ce qui en découle) qui m’a scotché au film. C’est parfaitement orchestré, très bien rythmé, on sent une belle montée en puissance et, malgré les apparences, ça reste avant tout crédible. Si, si, on y croit ! D’une part parce que techniquement, ça tient carrément la route. Okay c’est vrai que l’aspect CG reste toujours présent en tête, mais les animations sont saisissantes et sonnent toujours justes, suffisamment pour faire oublier la sensation précédente et ne mettant jamais en défaut les moments forts du film (Et ils sont présents et franchement réussis). On n’y cherchera pas un film bourré d’action, mais quelque chose d’assez intelligent, pas si manichéen que ça dans le fond. Et quand on voit ce que l’on a en face (que ça soit bon ou mauvais) ça fait du bien.

Je regretterais malgré tout une fin qui laisse…sur sa faim, puisque marketing oblige, ce n’est qu’un bout de préquel, il y a évidemment encore plus de chose à raconter pour en « revenir » aux films des années 60. Du coup, je reste toujours un peu sceptique quant à ses éventuelles suites, à voir comment le filon sera exploité. Parce qu’un bon gros gâchis avec un tel matériau de base, ça me rendrait très triste.

Mais en attendant, un grand film, assurément.

 

Watchmen, the nerdgasme is nigh

Les comics, ça n’a jamais été mon truc. C’est joli, bien dessiné, plein de couleurs, mais dans ce que j’ai lu, j’ai toujours trouvé que les scènes d’actions étaient définitivement trop plates. C’est un peu ce qui m’a empêché de m’y investir à fond, par manque d’entrain, de motivation. Parce que bien évidemment, il n’y a pas que des comics d’action.

Puis forcément, quand ça marche, quand c’est culte, reconnu par tous, ça finit par débarquer au cinéma par M. Hollywood. Et c’est là qu’on se rend compte qu’on a loupé des trucs intéressants, qu’en fait, les apparences sont parfois trompeuses. Watchmen en fait parti. Comme beaucoup de monde – eh, faut pas se leurrer, et ce n’est pas sale – je n’ai pas lu le comic quand j’ai vu le film. Enfin si, 2 chapitres, mais j’ai préféré m’arrêté à là pour éviter de me ruiner ma vision du film. Je reviendrais dessus plus tard.

A la base, quand j’ai vu les premières images de Watchmen, je ne savais pas trop quoi en penser. Énième film de super héros en apparence, avec des costumes parfois normaux voir classes, mais aussi très kitsh, tout droit sortis de Batman Forever pour certains. En bref, la première impression a été quelque peu … repoussante, dirons-nous. Puis petit à petit, je suis tombé sous le charme du film. Entre les musiques des trailers, l’esthétique finalement superbe (toujours kitsh, mais qui s’assume en grande partie) et ce scénario « intriguant », qui semblait tellement loin des standards habituels (Batman, Spiderman et compagnie) et ses quelques répliques déjà culte respirant la classe pour certaines; voilà ce qui m’a définitivement convaincu de voir Watchmen à sa sortie. Puis, au détour de quelques articles, je découvre que Watchmen, c’est aussi – et surtout – un vieux comic de 1986.

L’envie de lire le comic avant de voir le film était grande, pouvait sembler tout à fait logique pour certains (une partie des fans du comic, justement, ne conçoivent pas la vision du film sans connaître l’original.) mais ma décision était prise : je ne lirais pas le comic pour ne pas me gâcher le film.

Pourquoi ?

Parce que je n’avais en aucun cas envie le juger sur sa fidélité à l’oeuvre d’origine (de façon plus ou moins volontaire), mais plutôt sur ce qu’il est vraiment. Au delà des défauts réels qu’il peut avoir, je n’avais pas tellement envie de pester contre lui parce qu’il ne respectait pas les 9 cases de la page 3 du chapitre 5 du comic (et pourtant, ce genre de critique existe…mais soit.). Enfin presque. J’ai tout de même succombé à l’envie de lire les 2 premiers chapitres, pour voir un peu le matériau d’origine, ce qui en fait une oeuvre si culte au yeux de tous, tâter du scénario… Mais je me suis arrêté à là.

Le film m’attend.

Mélange improbable entre « notre réalité » et l’univers des super héros « presque habituel » tel qu’on les connaît, Watchmen plonge le spectateur dans ce « passé alternatif » en pleine guerre froide de 1985, où la menace pèse chaque jour par l’attaque imminente des Soviétiques. En parallèle, la ville de New York vit une période de crise, où l’insécurité règne toujours. Les Watchmens sont un groupe de super héros « has been« , n’ayant plus vraiment le droit d’agir à leur guise après le vote d’une loi en 1977 par le président des USA, Nixon. La plupart ont repris une vie normale, en ayant conservés leur identité secrète. D’autres en profitent pour se dévoiler au grand jour et surfer sur la célébrité pour devenir riche et influent auprès du peuple. Et certains continuent de jouer les super héros dans l’ombre… Jusqu’au  jour où l’un des leurs, « Le Comédien » est tué. Et les emmerdes qui vont avec débarquent, cachant un pseudo complot contre les Watchmen. Et c’est sur la mort du Comédien que le film commence.

Le film commence fort, très fort à mon goût. A peine a-t-on le temps de découvrir le personnage du Comédien, qu’il meurt aussitôt, dans une scène déjà culte. Que les amateurs de « Slow-motion » s’éloignent, la scène en tire parti, mais avec une certaine maîtrise, sans véritable lourdeur. On a mal pour ce personnage qu’on ne connaît finalement pas, on ressentirait presque la douleur qu’il est en train de subir, malgré son apparence de brute épaisse… Avant de le voir plonger définitivement et de donner naissance au symbole de la série, le fameux « smiley ensanglanté ». Marquant.

S’en suit alors le début de « l’enquête » autour de sa mort, élément autour duquel le film va principalement tourner. Malheureusement, le film n’arrive pas, à mes yeux, à garder un rythme suffisamment constant, du haut de ses 2h45. L’enquête, mené par Rorschach puis rejoint par ses autres confrères Watchméniens, met un certain temps avant de se dévoiler réellement, à se lancer clairement. Balbutiant entre le développement (inégal) des personnages, de l’intrigue (devenant complexe et paradoxalement rapidement expédiée sur la fin), des (rares) scènes d’actions; Watchmen a encore un peu de mal à clarifier les choses pour trouver son public. Qu’on se rassure cependant, l’histoire reste tout de même intéressante dans son ensemble grâce à quelques scènes bien senties (merci les flash-back !) mais possède quand même quelques temps morts qui peuvent déplaire sur la longueur. En tout cas, j’ai bien compris qu’une seule vision du film ne me sera pas suffisante pour tout comprendre. En quelque sorte, on sent que le scénario est « fouillé », surtout venant du comic… mais presque « mal monté » au final pour le passage au ciné… Confus.

Pourtant, l’univers est terriblement accrocheur. Si c’est finalement en soi le déroulement de l’histoire décrié plus haut qui m’a le plus « refroidi », le reste du film rattrape plutôt bien cette petite déception. Revisiter notre histoire, nos conflits, dans un contexte de super héros, c’était osé et parfaitement réussi. J’ai eu ce petit « sourire », cette satisfaction de voir avec quelle facilité l’histoire nous transforme la réalité pour lui donner cette touche de « fantastique » avant l’heure, avec un thème de la guerre terriblement actuelle dans le fond. Les personnages aussi font partis des points forts du film. Bien que pas très développés d’un point de vue scénaristique (autant se référer au comic malheureusement, mais inévitable), il n’en reste pas moins une belle brochette de « faux-super héros« .

On s’attache vite à ces personnages aux personnalités bien distinctes (même si parfois un poil trop caricatural, on tomberait presque sur les stéréotypes habituels) et pourtant loin d’être « parfaites » moralement parlant. Je regrette tout de même l’inégalité au niveau du développement. Si Rorschach (une classe monstrueuse, des répliques en or à chaque instant), le Comédien (une véritable pourriture presque attachante, car finalement très humaine et lucide par rapport au monde qui l’entoure) ou le Dr Manhattan (qui proposera une des plus belles scènes du film !) ont une place plus ou moins importante niveau du scénario/présence à l’écran, on ne peut pas en dire autant des autres, encore moins développé, intéressant. Entre un Daniel (le Hibou) attachant mais un peu en retrait, Laurie (le Spectre Soyeux) qui nous proposera sans doute la scène la
plus « cocasse » du film, à défaut d’être le personnage le moins transparent et inutile; ou même Adrian Veidt (Ozymandias) comme le mégalo intello de service un brin trop discret.

C’est finalement là que se pose la fatidique question qui démange tout le monde : le film ne souffre-t-il pas finalement trop de la comparaison avec le comic ? De la qualité, des choix parfois discutables dans la façon de sectionner l’histoire et la psychologie de l’oeuvre originale ?

N’ayant pas résisté à l’envie de lire les 2 premiers chapitres, je me suis rapidement rendu compte de l’erreur que j’ai réalisé. Involontairement, j’ai, pendant les 40 premières minutes de film, comparé le film au comic. Et nombreuses sont les retouches réalisées… C’est là qu’on se rend compte, et qu’on finit par comprendre dans un sens l’indignation de certains fans, que le comic a été extrêmement raccourcit pour le passage au ciné. Je m’attendais à retrouver quelques répliques similaires, des scènes du comics que j’avais apprécié… pour finalement voir qu’un paquet de truc a été modifié/supprimé. Logique certes, mais celui qui s’attendait à voir quelque chose de fidèle sera forcément déçu. J’ai même eu la curiosité de comparer quelques scènes du film au comic pour voir qu’il manque parfois un sacré bout, surtout concernant l’histoire de certains personnages (bye bye les flash-back). Lire le comic, à mon humble avis, change littéralement la façon de voir le film. On ne profite plus du film, mais on le compare – qu’on le veuille ou non -, on le critique parfois injustement parce qu’il ne correspond pas à la vision de l’original.

Le film est « pensé » pour le public ne connaissant pas le comic et c’est tout. Mais c’est aussi pour ça qu’il est pleins de défauts, il a bêtement le cul entre 2 chaises : l’adaptation avec un bon côté, soigneuse dans son apparence (esthétique globale, transposition des personnages à l’écran réussie) et d’importants écarts à d’autres niveaux lui sont fatale (scénario, donc).

Mais dans la forme, le film assure franchement. J’en ai décidément pris pleins les mirettes ! L’esthétique très kitsh mais assumé, l’ambiance 70’s/80’s, le Dr Manhattan et les effets spéciaux sont une franche réussite, passant très bien à l’écran. Zack Snyder, comme à son habitude, ne manque pas l’occasion d’utiliser son fameux « bullet-time » à toutes les sauces. Mais ça passe finalement bien. On assiste parfois à des scènes avec un bullet-time inutile, qui dure 2 secondes (la scène avec Laurie devant les flammes, un brin ridicule) comme si Zack était obligé d’en mettre une petite dose pour remplir son quota tout au long du film. Mais rien de bien méchant dans l’absolu. Et  contrairement à l’oeuvre de Nolan ou d’un Bay, les combats sont lisibles au moins.

L’ambiance sonore est personnellement une réussite. Musicalement, les choix de Snyder diviseront et on le comprend. Ancien réalisateur de pub, Snyder remet le couvert en donnant cette dimension « clipesque » à son film en mettant des musiques célèbres (du Bob Dylan, Jimi Hendrix, Léonard Cohen et j’en passe) à plusieurs moments clés, créant parfois un certains décalage plus ou moins appréciable. Le générique de départ sur fond de Bob Dylan est définitivement une perle, mais la scène de sexe sur du Hallelujah en refroidira/embarrassera plus d’un. Ça ne m’a pas plus dérangé que ça, si ce n’est la surprise de voir telle musique à tel moment.

Point qui me tient particulièrement à coeur, la version française tient vraiment la route ! J’ai vraiment senti que les voix collaient parfaitement aux personnages (La voix du Dr Manhattan, langoureuse, calme, imperturbable…) même si on pourra pinailler sur un certains passage du film avec la voix française de Rorschach, mais ce n’est pas ça qui remettra en cause la bogossitude du personnage. Et rien que pour ça, la version française est de qualité

Au final, le film m’a quand même assez bien emballé. Ça manque de rythme, mais j’aime vraiment le background qu’il y a derrière tout ça, la musique (Bob Dylan, quoi !), les dialogues savoureux (« Et dans un murmure, je dirais… Non.« ), les personnages (Rorschach fanboy oblige), l’histoire qui a un bon fond malgré le côté confus… Et je crois que, pour mon faible côté cinéphile, ça me suffit amplement.

Puis ça m’a furieusement donné envie de lire le comic. Et pour moi, c’est en quelque sorte l’objectif du film, pour une telle adaptation. Et ça, ça me suffit à dire que le film est bon.