Parlons VF, ou comment décortiquer un sujet sensible…

Ah, la France ! Pays reconnu dans le monde pour sa réputation de peuple prétentieux mais aussi comme étant un pays particulièrement râleur, à se plaindre de tout et n’importe quoi. Et dans le domaine du doublage français, on en tient une sacrée couche, soyons honnête deux secondes. Source de débats enflammés un brin stérile sur les forums, le doublage français – que ce soit dans l’animation japonaise, les films, les séries, les jeux vidéo  – reste indéniablement une corde sensible tant le sujet est difficile à traiter de manière correcte. Car souvent, on retrouve beaucoup d’extrême, à savoir les fameux pro-VO, véritables ordures intolérantes, et les pro-VF, un peu trop renfermés dans leur bulle « lay francay, cay les meilleurs ». Des avis modérés ? C’est malheureusement trop rare.

Mais voilà, en creusant un peu parmi tout ça, on arrive à trouver des gens qui pensent juste, des gens qui veulent démontrer qu’on peut faire du doublage français de qualité, sans forcément accepter le moindre essai foireux sous prétexte que l’effort a été au moins fait.

« Parlons VF  » est un podcast vidéo mensuel (Enfin, on l’espère !) ayant pour but de parler du  doublage en France, de façon un minimum objective, avec un regard plutôt juste et suffisamment critique pour être crédible. On y retrouvera des interviews, un suivi de l’actualité « Sortie » de divers médias du moment avec une bonne dose d’infos sur la VF qui va avec, et l’élément principal de l’émission, les critiques. Critique non pas d’un film (ou tout autre média) en lui-même, mais uniquement tout ce qui englobe le doublage français: casting des voix, travail d’adaptation avec la société de doublage qui a travaillé dessus et anecdotes qui vont bien avec; pour finir sur un verdict: « est-ce que la VF vaut le coup d’être vue ? ».

Tout un programme !

L’émission est animée par un seul homme, Hugo Amizet, alias MisterFox, déjà responsable, entre autres, de la websérie Misterfox & Pikachu. C’est dans un tout autre registre qu’on le retrouve aujourd’hui, et c’est pas forcément un mal. Pas que j’aime pas ce qu’il fait, je ne les ai jamais regardé/entendu !

Alors au final, Parlons VF ou pas ?

Commençons d’abord par ce qui fâche: principalement, je lui reprocherais, parfois, un petit manque de consistance dans les critiques. Un ton un peu léger en quelque sorte, où l’on retrouve – sans doute, au dire d’Hugo lui-même – trop d’improvisation, chose multipliant les répétitions d’arguments (On a compris que le doublage/l’adaptation/le comédien était bon/pas bon !). Bien sûr, moyens du bord oblige, on retrouve aussi un son pas toujours optimal (Notamment dans l’interview de l’excellent Benoit Du Pac, où des sous titres n’auraient pas été du luxe), une image pas toujours très nette/stable et un « plateau » – lors des critiques – un peu trop minimaliste (Oui le blanc c’est bien mais c’est un peu triste !).

Mais au delà de ces défauts de jeunesse que je n’ai pas trouvé vraiment gênant au visionnage, et plus facilement pardonnable pour un début dans ce genre d’émission un brin ambitieuse; il en ressort surtout une émission extrêmement plaisante à regarder. Malgré les limitations techniques, le montage est suffisamment propre, réussi et rythmé pour éviter les longueurs et la lassitude, malgré la durée d’une émission (50min en moyenne !) et l’amateurisme qui en découle. Les critiques sont vraiment bien construites, avec par exemple des extraits pour mettre en avant des répliques « qui claquent », des comparaisons avec la VO pour mieux souligner le travail d’adaptation ou de brefs historiques – jamais ennuyeux – sur le passé linguistique de nos doubleurs préférés.

Il y a un vrai travail de documentation derrière pour nous en apprendre plus sur une des multiples branches du métier de comédien et les méthodes de doublage dans des cas particulier comme la VF de Inglorious Basterds, au programme de la première émission. Et d’ailleurs, les interviews (enfin, l’unique pour le moment, d’autres sont à prévoir si tout se passe comme prévu) sont un excellent point et permettent une nouvelle fois de voir l’envers du décors, en plus d’apporter un peu plus de diversité à l’émission.

La première, comme dit plus haut, est consacré à Benoit du Pac, doubleur de Léo dans Charmed, Shadow dans Sonic X ou tout bêtement, et plus connu, Eikichi Onizuka de GTO. Et cette interview nous montre à quel point il a aimé ce personnage, qu’il s’était vraiment investi dans son rôle (Comment ça, pour peu qu’on soit objectif, on l’avait déjà remarqué ?) et s’est révélé très communicatif. Et ce gars dégage un charisme fou en bonus, pour ne rien gâcher.

Au final, on ne pourra donc que saluer cette excellente initiative, trop rare dans le monde des web-émissions et pourtant si prometteuse (vous l’aurez compris). C’est tout le bien que je lui souhaite, et je vous invite donc à suivre l’affaire sur le Twitter officiel de l’émission pour les plus branchés d’entre vous, ou aller sur le site. Et bien sûr, profitez-en pour mater les 2 premières émissions !

Kick-Ass, podcast, comic et bal masqué

Histoire de changer de registre pour ce troisième podcast, c’est au cinéma que je vais m’attaquer. Exercice bien plus difficile qu’il n’y parait (enfin, je trouve), mais dont je vais tenter l’essai, pour le meilleur comme pour le pire. D’autant plus quand je sais que l’on pourrait facilement s’étaler bien en longueur au vu du sujet… Mais j’ai essayé de ne pas partir dans le pavé auditif de fanboy, comme je pourrais le faire avec Watchmen… On ne se refait pas.

Kick Ass
, c’est le sujet de la semaine. Dans un premier temps, c’est donc un podcast sur la récente sortie du film en France, le 21 Avril dernier, pour ensuite, m’attaquer au monument qu’est le comic d’origine, dont le premier tome français est sorti au mois de Mars dernier (Merci Overblog de ne pas permettre aux utilisateurs de mettre au moins 2 catégories par article, c’est super pratique).

C’est parti pour la dissection d’une oeuvre singulière, marquante et surprenante.

Le podcast:

On remerciera Youtube au passage pour m’avoir empêché de poster ma vidéo là-bas avec les 2 anciennes, pour des raisons de « droits » concernant le film (par contre, pour retrouver tous les derniers animes en vost le lendemain de leur diffusion, il n’y a aucun problème). Dailymotion n’a pas encore tilté, je vais croiser les doigts…

N’hésitez pas à m’incendier (je sais, le micro est toujours aussi pourri), c’est comme ça que les choses avanceront ! (et que j’achèterais un nouveau micro)

Quant au comic, c’est, comme vous l’aurez compris et même deviné sans avoir écouté mon podcast, très au dessus du film. D’une part parce que c’est l’original dans cette affaire, mais aussi – surtout – parce qu’il jouit d’un support n’imposant, ou presque, aucune limite. Kick Ass est violent, cru et n’hésite pas à taper là où ça fait mal. Tout le contraire du film, qui semble s’être vu obligé de rabaisser ses exigences au niveau du grand public. Dommage.

Mais côté papier, Millar et Romita Jr s’en donnent à coeur joie, et ça se ressent à chaque page de comporte les 8 tomes US, ou les (futurs) 2 tomes français. Le
synopsis ne change pas d’un pouce dans sa version papier, c’est toujours l’histoire d’un ado mal dans sa peau qui cherche à se trouver une utilité dans le bas monde dans lequel il vit. Pas de bol, faire le super héros, ça ne marche et il en paye le prix fort: plusieurs mois à l’hosto, des plaques de métal partout dans le corps… et une envie encore plus forte de remettre les couverts dans sa tenue de plongée payée sur Ebay.

La différence principale avec le film, c’est donc d’ordre graphique: d’une part, pour faire bref, le design a meilleur goût que le film, avec des costumes qui restent « amateurs » dans l’esprit, tout en étant beaucoup moins kitsh. Je crois que je comprendrais jamais le changement de look pour le personnage de Red Mist, qui passe de simple héros masqué à emo gay en pleine crise d’adolescence. Et puis surtout, le comic est violent: ici ça gicle dans tous les sens, aucune concession n’est faite et personne n’est épargné, tous le monde en prend pour son grade et dans tous les sens du terme. Même si certains trouveront cet aspect gore un peu trop abusif, il aura eu un sacré effet positif sur moi: celui de rendre crédible ce scénario presque improbable en me permettant de bien se rendre compte de la violence de certaines situations (j’ai jamais eu autant mal psychologiquement en voyant un type se faire électrocuter les testicules) et montrer à quel point se prendre pour quelqu’un que l’on n’est pas, ça peut être fatal. La violence n’est jamais gratuite et sert toujours à merveille le scénario de Kick Ass, même si les scènes d’action en sont tout de même d’autant plus jubilatoire ainsi.

Le scénario du comic, c’est aussi, et surtout, ce qui le rend aussi génial que profond, bien au delà du film. Pour faire simple, sa force, ce sont les multiples niveaux de lecture, la façon dont peut peut appréhender l’histoire. On a d’un côté l’aspect teenager (bien plus prononcé dans le film d’ailleurs, sans doute pour compenser la violence amoindrie) en premier plan (avec de l’humour, des répliques qui font mouches (Ah, Hit Girl…) et des références à la pop culture vraiment plaisantes), pour aller progressivement vers quelque chose de plus sombre, où la psychologie des personnages se développe de plus en plus pour laisser place à quelque chose qui va à l’encontre de ce que l’on croise souvent dans les comics. Souvent, il m’était arrivé de penser que le scénario était sur le point de repartir vers quelque chose de trop manichéen, oubliant un peu sa nature violente et à contre sens…

Mais Millar oblige, chaque rebondissement a le tour de force de changer littéralement la façon dont on perçoit le scénario et les personnages, pour ne jamais (ou vraiment très rarement) sombrer dans la facilité. Big Daddy est sans doute l’un des exemples les plus flagrants à ce niveau, là où le film a rendu le personnage trop esquissé, trop superficiel. Finalement, le plus gros regret une fois la lecture de Kick Ass fini, c’est cette impression de n’avoir lu qu’une grosse introduction, un premier « arc scénaristique » où au final, malgré quelques moments (très) forts, tout va trop vite, où les enjeux sont finalement assez peu important. Il y a bien un épilogue qui appelle à une suite, et on l’aura bel et bien,
puisque prévue, mais en attendant – vu que l’histoire se « conclue » tout de même comme si tout était fini – on reste sur un sentiment de frustration. Une longue jouissance précédant la frustration, mais frustration quand même.

Concernant son passage en France, le comic jouit d’une traduction de très bonne qualité. Pas de tournure de phrase bizarre et de références qui sautent contrairement à un certain Scott Pilgrim, tout en conservant un bon langage cru; l’édition s’en retrouve soignée, avec la conservation des couvertures originales américaines en guise de page de transition de chapitre (Chaque « chapitre » d’un tome français correspondant en fait à un tome US, tome qui ne fait que 20 pages en général). Seul bémol à ce beau tableau, on aurait pu, vu le nombre de tome US au total, avoir directement un seul et unique bouquin, regroupant toute l’oeuvre (8 tomes, donc, vous suivez ?), puisque ne dépassant pas les 200 pages au total. Un peu comme l’édition française de Watchmen (même si certains pourront chier sur sa retraduction un peu bancale), qui regroupent les 12 tomes US en un bon gros pavé de 300 pages avec pleins de bonus pour… 15€.

Quoiqu’il en soit, Kick Ass est une excellente oeuvre, plus sombre qu’il n’y parait tout en alternant humour, référence geek et critique de notre société, donnant un nouveau visage aux super héros; tout en jouissant en plus d’une version française de qualité méritant clairement son achat. Rien de tel pour se lancer, si ce n’est pas déjà fait, dans l’univers des comics sans le moindre regret.