It’s Speed Racer. Speeeeeed raceeeer !

Il arrive parfois d’avoir des aprioris sur tout et n’importe quoi. On s’intéresse vaguement au media en question, sans trop y croire. Puis vint l’épreuve des balles, les critiques. Pas super enthousiastes malgré quelques illuminés qui pensent l’inverse, le peu d’intérêt qu’on pouvait y porter finissait donc par retomber à 0. Puis le temps passe. Une nouvelle occasion de s’intéresser à ce média se présente à nouveau, à tête reposé. On hésite…

Puis un certain facteur X fait son apparition et vous dis de tenter le coup coute que coute. Finalement, curieux et intrigué, on regarde. Et là, la révélation. Claque dans la gueule, coup de cœur immédiat, plaisir énorme, regret de ne pas l’avoir vu plus tôt et incompréhension globale face à la majorité des critiques ; voilà ce qu’on peut ressentir à chaud après avoir vu certains films, dans le cas présent.

Speed Racer en fait partie.

Les frères Vako…Waquosk…ceux qui ont fait la trilogie Matrix n’ont pas une bonne réputation, justement à cause de la saga Matrix. Ca allait trop loin, ça aurait du s’arrêter au premier, etc. C’est un vaste débat dans lequel je ne m’aventurerais pas, ce ni l’endroit, ni le moment pour ça. Un jour, peut être, reviendrais-je dessus, mais seulement si j’ai le courage de rematter l’intégralité de l’œuvre. Forcément, par la suite, les voir adapter un manga des années 60 que personne ne connait chez nous à l’aspect visuel potentiellement douteux à première vue, ça ne donne pas envie de croire en eux, ça ne donne pas envie de leur laisser une seconde chance. Et pourtant ! Speed Racer mérite cette seconde chance, qu’importe si vous avez aimé ou non les tribulations de Neo au préalable.

Je ne vais pas m’étendre sur le scénario, je vais être concret : origine oblige et sous couvert de courses automobiles, c’est un film « pour enfant ». Mwarf, ça m’embête un peu de le considérer comme tel, car très péjoratif pour tout le monde, mais force est de constater que Speed Racer – à l’époque comme aujourd’hui – c’est avant tout un produit culturel pensé pour les jeunes, avec un scénario volontairement basique et cliché. Un bête « shonen » comme on en croise un paquet de nos jours : un héros en quête de reconnaissance avec l’apprentissage qui va avec, un rival, des bons sentiments comme l’amitié et l’importance de la famille et j’en passe ; on navigue donc en terrain connu. Mais je vous vois venir d’ici et vous n’avez pas tellement tort de vous poser la question : savoir qu’à l’origine c’est un manga pour gosse lui pardonne-t-il forcément son faible scénario et sa psychologie simpliste ?

Pas systématiquement, mais dans le cas d’un Speed Racer sous la tutelle des frères Wach…Matrix, le problème est contourné de façon …intelligente. Le mot est peut être fort, mais ces clichés, bien présents, ne sont pourtant jamais envahissant, ils sont suffisamment bien distillés au gré de l’aventure pour ne pas trop se ressentir. Ou du moins, les encaisser en gardant le sourire. L’univers est tellement original, l’aventure est une telle bouffée d’air frais dans le milieu du cinéma qu’on n’y fait franchement pas attention. On se laisse porter dans cet univers démentiel et grisant, d’autant plus que les acteurs sont plutôt justes (même s’ils n’ont pas vraiment de rôles très profonds) et l’humour est toujours présent, sans jamais être lourd. Que l’on ne me dise alors pas que Chim-Chim est imbuvable, c’est assurément le meilleur personnage du film.

Pour être honnête, je trouve l’expression complètement bateau mais il faut reconnaitre qu’il faut avoir encore un peu cette « âme d’enfant » pour profiter du film. Plus simplement, le design ultra coloré et retro de l’œuvre ainsi que cette volonté de mettre en avant le côté esthétique de la mise en scène des courses sont là pour nous émerveiller à chaque instant. Ce n’est pas une excuse pour masquer le reste, ce n’est pas cache misère, c’est là POUR ça, c’est voulu, c’est l’axe central autour duquel tout gravite. Que l’on connaisse ou non l’original, ça aurait peut être été nettement plus sobre, plus classique, plus… banal. Mais, peut être Wachowsky oblige, Speed Racer semble vouloir montrer aux spectateurs tout ce qu’ont les 2 frérots dans le ventre. Même si le postulat de base pue les aprioris douteux (Un Fast and Furious coloré ?), le film les efface à vitesse grand V pour laisser place à un spectacle unique.

Lisible. Malgré la débauche visuelle de couleur et le thème de la course automobile futuriste façon Mario Kart, la lisibilité de l’action du film est juste exemplaire. Jamais on ne se plaindra de passages tremblotant, d’un montage épileptique voir même d’une absence de visibilité à cause de cette profusion de couleur (qui ne sombre jamais dans le mauvais goût d’ailleurs). Je n’y connais pas grand-chose en technique propre au cinéma, comme les différents noms de façon de filmer et autres termes un peu pompeux et obscures pour la masse. Mais j’ai juste envie de dire que Speed Racer est un modèle de clarté, où l’on peut vraiment savourer chaque plan, chaque détail apporté aux décors selon la situation, décuplant alors le plaisir visuel à chaque instant.

Innovant. Parce qu’à chaque instant, justement, le film ne cesse de se montrer particulièrement abouti dans sa technique et surtout cherche toujours à apporter un « petit quelque chose » dans sa mise en scène, comme une volonté de vouloir s’affranchir des codes du genre. Une idée, un concept, une référence ; rien n’est laissé au hasard.

Comment ne pas citer ce clin d’œil appuyé et génialement réalisé aux jeux vidéo de course et leur fameux mode « Ghost » ? Ce mode où l’on affrontait un fantôme du meilleur temps du circuit, dans l’espoir de voir en temps réel sa progression. L’idée est que Speed Racer, le héros, tente de dépasser son défunt frère pilote lors d’une course « de routine ». S’en suit alors une course poursuite « virtuelle » entre un Speed déterminé à battre le record fraternel et le souvenir de son frère matérialisé par ce fantôme. Je vous rassure, c’est l’une des premières scènes du film, pas d’alerte spoiler, donc. De quoi commencer sur les chapeaux de roues cela dit…

Je pourrais aussi aborder la scène d’ouverture où le jeune Speed, encore  à l’école, rêvasse légèrement d’une future vie de pilote de course, au lieu de faire ses maths. A ce moment, plongé dans son rêve accoudé à son bureau, le voilà au fur et à mesure projeté dans une course qui se dessine littéralement sous nos yeux, avec le style crayonné qui avec naturellement avec. Impressionnant… Comme de nombreuses autres scènes du film, en somme. Même les quelques scènes d’action « à pied » sont aussi soignés que le reste et n’hésitent parfois pas à balancer eux aussi leur propre idée pour se démarquer avec brio (Mouvements de caméra audacieux, esthétique subitement très « manga », etc.).

Un Scott Pilgrim avant l’heure, en fait.

Et comme si ça ne suffisait pas, le rythme n’en souffre aucunement. J’aurais éventuellement souhaité voir plus de courses (pourtant pas fan du genre mais c’est tellement bon), mais l’équilibre entre ces courses, les phases de dialogues pour faire avancer l’histoire, les bons sentiments et l’humour enfantin est tellement juste qu’on s’en contentera largement. En fait, à mes yeux, les Wachowsky semblent avoir trouvé la formule idéale pour adapter un manga en film Live. Chapeau.

Speed Racer, c’est un gros trip, pour faire simple. Je l’ai pas regardé pour le scénario (même s’il passe bien) mais juste pour cet esprit bon enfant totalement assumé, convivial dans lequel on se balade constamment avec un grand sourire et surtout cette débauche visuelle à la fois hallucinante et maitrisée. Mais alors, pourquoi un accueil si froid ? Je crois que ça me dépasse, mais peu importe. Même si…

En fait, j’ai parfois l’impression que certains n’ont pas apprécié ce film parce que c’est un… film, en plus de « faire suite » à Matrix Revolution. On aurait mis un gros studio d’animation réputé derrière et on aurait fait un long métrage d’animation tiré de cette série et … j’ai quand même la furieuse impression que pour un résultat similaire mais dessiné, on aurait été nettement plus clément avec lui, voir carrément positif. De la à dire que c’est en partie fondé et plausible, il n’y a qu’un pas que je ne franchirais tout de même pas.

Mais qu’à cela ne tienne, Speed Racer est un bijou, un chef d’œuvre ou je ne sais quel superlatif masturbatoire qu’il conviendra de lui dédier. Mais le pied prit à la vision du film fût grand et c’est bien ce qui compte.

Gainax et le Secret d’une Bonne Série

Vingt et un ans.

C’est le nombre d’année qu’il m’aura fallu pour découvrir enfin le premier anime d’un studio ayant une renommée qu’on ne présente plus de nos jours. Gainax. Evangelion, Gurren lagann, Kare Kano, Fuli Culi Panty and Stocking, forcément ! Et j’en passe. Studio que tout le monde, connaissant un minimum le monde de l’animation japonaise, a forcément entendu parler au moins une fois dans sa vie. Pour son style particulier, pour ses œuvres singulières, sortant un peu de la masse, reconnaissables entre mille. C’est donc un peu en partant de cet état de fait et poussé aux fesses par les mérites d’une obscure personne que j’ai décidé de colmater ma culture japanim’ avec Nadia et le Secret de L’eau Bleue, première série tv du studio. Et force est de constater que ce voyage dans le temps de 21 ans aura été fort agréable, malgré un coup de vieux prévisible et inévitable.

Nadia et le Secret de l’Eau Bleue, c’est l’histoire de Jean, un jeune inventeur français (Et ça fait plaisir !) en tout genre qui rencontre Nadia, une jolie jeune fille mais esclave d’un cirque au cœur de notre ville représentative aux yeux du reste du monde : Paris. Nadia n’a qu’une seule envie : découvrir ses vrais parents, puisqu’orpheline et prisonnière du cirque. Quant à Jean, il souhaiterait explorer le monde grâce à ses inventions, surtout dans le domaine de l’aviation.

Bingo, ça tombe bien : Jean découvre que Nadia, en plus de vouloir partir pour l’Afrique pour retrouver ses racines, est poursuivit par d’obscures personnes mal intentionnées cherchant à dérober le bijou que porte Nadia, une étrange pierre précieuse qui brille quand le danger rôde, tel Spiderman et son Spider-sens. L’occasion était trop belle : Jean embarque Nadia sur son prototype d’avion (pour rappel, nous sommes en 1889, l’avion n’existe pas encore officiellement) et vont tenter de rejoindre l’autre continent par tous les moyens. A partir de là commence leurs péripéties, entre rencontres étranges, exploration à travers le monde et révélation sur le passé de chacun.

Et c’est ça qui m’a rapidement plu dans cette série.

Cette aventure avec un grand A, ces références à des œuvres comme 20 000 lieux sous les mers ou même Moby-Dick ; cette ambiance « fin du 19ème/début du 20ème siècle » typique avec ces nombreuses inventions en tout genre, notamment  pour l’aviation et cette fameuse quête de l’homme qui veut dompter le ciel. C’est tellement peu courant de croiser ça dans le paysage audiovisuel que ça fait un bien fou, c’est une grosse bouffée d’air frais qu’offre la série après quelques épisodes pour se mettre dans le bain.

Les personnages ont de la gueule (le design 90’ a toujours autant de charme et techniquement, la série tient encore globalement la route, malgré ses quelques errances coréennes), on s’y attache toujours un peu pour X raisons parce que la Gainax a réussi à suffisamment bien les développer pour qu’ils soient tous utiles, intéressants, drôles et possèdent tous leur « moment de gloire » au moins une fois dans la série. Et mine de rien, c’est déjà un très bon point, ça donne toujours l’envie de suivre leurs aventures, de savoir où ils vont atterrir cette fois ci et par quel moyen ils vont s’en sortir.

Il est vrai qu’à première vue, on peut redouter un côté enfantin, un peu neuneu de la chose avec une aventure assez superficielle (surtout avec le postulat de base « Nadia & Jean contre les méchants qui les poursuivent ») mais … Nadia sait cultiver les moments forts en émotions. Sans verser dans le mélo non plus – le ton de la série restant globalement léger – la série aborde de nombreux thèmes assez matures en fait. La vie, la mort, la nature et l’impact de l’homme dessus, le sens des responsabilités et j’en passe ; tout est intelligemment développé pour apporter son lot de passage pas mal mémorable, qui dévoile une série plus adulte et un scénario plus complexe qu’il n’y paraît. Mais, justement…

La série n’a pas une construction parfaite. Preuve d’un premier essai encore hésitant, Nadia souffre d’un problème de rythme évident. Sans trop spoiler, j’ai surtout noté une grosse baisse de rythme (et de qualité, fatalement) pendant une dizaine d’épisode à partir de l’épisode 23. Baisse où il ne s’y passait pas grand-chose, où l’on changeait d’ambiance un peu trop radicalement après la grande réussite des épisodes précédents et de leur montée en puissance. Et accessoirement, Dieu que je déteste les épisodes chantants, ça devrait être proscrit dans les séries TV.

C’est encore plus flagrant quand on passe aux derniers épisodes, juste après cette baisse donc, qui remonte RAPIDEMENT (trop, à mes yeux, 5 épisodes après du vide pour tout conclure dans les normes, c’est trop peu) le niveau de la série à un stade presque épique. Ca prend une tournure intéressante, riche en rebondissements, en révélations et en scènes marquantes. Une bonne grosse montée en puissance qu’on n’avait pas vu depuis trop longtemps au sein de la série et c’est un peu ça le reproche que je peux lui faire : c’est quand même sacrément abrupte au niveau du rythme, on passe vraiment du tout au rien en peu d’épisode, l’intrigue a du mal à correctement se mettre en place.

D’ailleurs, en parlant de tout ça, quand on regarde cette série maintenant et surtout après avoir englouti Evangelion, on sent clairement les bases de celui-ci. Que ça soit dans la façon de traiter certains aspects des personnages ou la tournure que prend le scénario arrivé à un certain stade de la série, on sent clairement la future patte du studio… A noter tout de même une fin réussie dans le cas présent, loin du mindfuck sous acide d’un Evangelion. Guère originale, mais bien orchestrée, comme on la souhaitait secrètement au fur et à mesure des 38 épisodes précédents : Gainax fait dans le conventionnel, mais le fait franchement bien. On aurait aimé rester un peu plus longtemps avec Nadia et Jean, mais eh, relativisons un peu parce que dans le fond, je préfère ça au lieu de la surexploitation un peu honteuse d’Evangelion.

En parallèle à ça, série datant des années 90 oblige, la VF est franchement aléatoire. Ou plus simplement : on y retrouve des voix principales pas mauvaises en soit, plutôt bien joués  mais dès qu’on s’attaque aux personnages moins importants, c’est le grand festival du n’importe quoi. On se retrouve avec un comédien de doublage pour faire 10 personnages « non important » mais qu’on reconnaît au bout de 5 secondes et des voix stéréotypés complètement hors de propos pour des personnages quand même un minimum important. Au hasard… NEMO. Non, pas l’obscure personne précédemment cité (même si…), mais la VF du courageux capitaine prête sérieusement à rire. Une voix légèrement pincée du nez, très surjoué au point d’en devenir ridicule (Une sorte d’air « hautain » très cliché), j’en venais presque à me foutre de sa gueule une fois sa scène « clé » terminée, en l’imitant facilement. Bien que ce genre de soucis n’est pas un cas isolé (hélas), globalement, ça passe assez bien et on finit par s’y faire (même si ça ne s’améliore pas non plus mais ça a le mérite d’être pareil du début à la fin).

A noter, pour le fun qu’il y a un point commun entre ces 2 personnages :

Montrer »


(A gauche, le Capitaine Nemo de Nadia, à droite,
Lord Genome de Gurren Lagann)

Ils ont le même doubleur français et … Il est méconnaissable dans Gurren Lagann par rapport à son rôle dans Nadia. Comme quoi, 20 ans de carrière dans les pattes entre le doublage de ces 2 séries, ça a quand même du bon, tant le fossé est énorme.

Et puis, pour boucler cet aparté concernant la version française, un point qu’il me semble important de souligner : Nadia ne sortira sans doute jamais en DVD chez nous pour pleins de raisons. Elle existe pourtant au Japon et aux USA (Non censuré ?) mais ça semble très mal barré pour une sortie chez nous. Œuvre des années 90 oblige, comme pour la VF, elle a subit la vague de censure à la truelle lors de son arrivée chez nous : censure du sang, censure de maillots de bain, censure de sous entendu un peu dur pour les enfants de 10 ans ; le montage TV est un pur massacre comme on en voyait souvent à côté (Ah, Dragon Ball, St Seya et Ken le Survivant…). Mais…  Pour je ne sais quelle raison, un miracle est arrivé. Pour sa dernière diffusion à la TV (il me semble), Game One – la chaine qui aujourd’hui se résume à KikoololTV ou NarutoTV pour les intimes – veut marquer un « grand coup ». Le temps de 4 soirées fin Avril – début Mai 2001, la chaîne diffusera l’intégrale de la série Nadia en version… restaurée.

Toujours en VF mais pas de générique français (et c’est pas une grosse perte), réinsertion de TOUTES les scènes coupés avec VOST quand il le faut (même si passer de VF à VOST au sein d’un même épisode, ça fait bizarre), rectification des erreurs de montages (soit de la VF, soit de la VO même) et j’en passe ; c’est un véritable travail d’orfèvre que j’ai découvert récemment, un travail qui impose un respect monstre face à cette unique personne qui a passé à l’époque de nombreuses nuits blanches pour satisfaire les fans, et uniquement eux. Le résultat était juste là pour sa diffusion TV et n’a jamais été rediffusé depuis ni même repris pour une quelconque édition DVD. Et c’est ainsi que l’on peut découvrir Nadia aujourd’hui.

Oui, on passe dans l’illégalité dans un sens (vu que les DVD n’existent pas et les rares VHS sont de toute façon issus de la version TV « charcutée » ) et d’un point de vue technique, on ne devra que se contenter que d’un « VHSRip » de ces 4 soirées (trouvable facilement en torrent donc) mais rien que pour saluer l’effort fournit par la chaîne il y a 10 ans de cela, ça vaut clairement le coup de mater la série en VF/VOST aléatoire. C’est un bien pour un mal. Mais à coup sûr un geste que je ne regrette pas. On peut d’ailleurs trouver un historique de tout ce travail de restauration assez unique sur le site officiel du monteur : http://www.fenarinarsa.com/nadia/

Au final, Nadia et le Secret de l’Eau Bleue est une série à laquelle on peut reprocher pas mal de chose, soyons honnête. En partie dû à son âge, forcément, mais aussi dans sa forme pure et dure, perfectible, sentant clairement les premiers pas difficiles d’un studio encore tout jeune. Mais force est de constater qu’il reste avant tout une série franchement plaisante, de part son thème exotique, qui fait du bien même aujourd’hui quand on voit les thèmes abordés dans les animes récents. Je ne parle pas, et donc ne remet pas en cause, forcément de la qualité de ces animes, mais plutôt d’un certain état d’esprit radicalement différent d’il y a 21 ans.

Logique me dira-t-on, mais je regrette que des animes tels que Nadia n’aient pas plus de descendants à l’heure actuelle. Ce côté « grande aventure », où l’on aime suivre nos jeunes (et moins jeunes) héros au travers d’un monde qui fait parfois rêver avec une certaine profondeur scénaristique, de bons personnages pas mal développés (dont pas grand monde n’est à jeter) ; c’est quand même bien rare. Sans doute pas inexistant, mais difficile d’en croiser maintenant.

Mais qu’à cela ne tienne, la série mérite encore d’être vu aujourd’hui. Parce qu’elle regorge encore de qualité et qu’il est toujours intéressant de voir l’évolution d’un studio d’animation japonaise. Mais un peu comme le disait l’homme bicolore concernant Six Feet Under : ne tardez pas trop quand même, la série commence franchement à vieillir.

Snyder utilise Roue-Libre. C’est très efficace !

Snyder n’a pas une très bonne réputation. A l’heure actuelle, je n’ai vu que son Watchmen, que j’ai trouvé particulièrement bon, sans trop d’effets superflus propre au réalisateur paraît-il. Mais il faut dire qu’avec un tel matériau de base, « difficile » de se planter. Hélas – ou non, je vais tenter de rectifier ça – ses autres films sont une grande inconnue à mes yeux. Pas de 300, de « L’Armée des Morts » ou cet obscur film avec des chouettes. Juste Watchmen et… Sucker Punch désormais.

Intrigué par des trailers tous plus étrange les uns que les autres (Des samouraïs géants avec des gatlings ? Des nazis ? Des Call-girl ?) et n’ayant finalement pas grand-chose de mieux à faire, c’était décidé : allons voir Sucker Punch dès sa sortie. Non sans quelques doutes malgré ma première impression positive lors de première vision du trailer : Et si l’ensemble était indigeste ? Pourquoi un tel mélange ? Est-ce que ça aura un sens au final ? Snyder ?

Indice: Je crois bien que Snyder est allé trop loin.

En quelques mots, c’est l’histoire de Babydoll, une poupée Barbie d’une vingtaine d’année qui se retrouve envoyée dans un hôpital psychiatrique par son beau père après avoir tué accidentellement sa sœur lors d’une dispute. S’en suit alors, sans trop révéler le premier « twist » scénaristique des premières minutes, une tentative d’évasion de la jeune fille – accompagnée de ses nouvelles camarades rencontrées sur place – par un subtil plan élaboré durant tout le film.

Là, tout de suite, vous allez me dire : Mais quoi ? C’est ça le synopsis ? Comment peut-on avoir un scénario pareil et promettre de grosses bastons avec des filles dénudés, des katanas et des explosions qu’un Micheal Bay n’aurait pas rechigné ? C’est simple, grâce à la magie du twist scénaristique. Je vais essayer de ne pas spoiler, mais disons que dans l’idée (mais juste dans l’idée hein), il y a une notion de « rêve », façon Inception. Ces combats tant mis en avant, ces univers variés et sans réels liens entre eux sont des sortes de rêves symbolisant certaines étapes de l’histoire… Un peu comme les différentes étapes, les différents objectifs d’un jeu vidéo d’ailleurs, le rapprochement est faisable et sans doute pas anodin. Un concept toujours intéressant sur le papier, mais hélas, dans les faits, un peu raté.

Commençons direct par un gros pavé de points négatifs, vu c’est ce qui en ressort après visionnage, visiblement.

Il faut reconnaître le fond du problème, là où Sucker Punch rate le coche et l’empêche d’être un bon film : C’est un putain de bordel sans nom. Si j’ai jouis au départ de voir de grosses scènes d’action décomplexées, j’ai rapidement déchantéen comprenant rapidement que justement… On ne comprendrait pas grand-chose. Tout semble empilé n’importe comment, sans la moindre logique, juste « pour se faire plaisir ». Difficile d’accrocher à une histoire où s’entremêle cabaret, prostituées, samouraïs géants, château médiéval et nazi sans aucune explication scénaristique, sans aucun… liant, les personnages plutôt creux n’aidant pas à s’y immerger.

Un peu comme si Snyder avait envie de se faire plaisir, un peu tout seul dans son coin, en mettant tout ce qui lui passait par la tête. Comme si moi, dans un hypothétique film, je balançais des mechas de Gundam pilotés par des Maids croisant Sonic, le tout dans un univers steampunk sans expliquer pourquoi un tel mélange des genre/influences tel un crossover improvisé. Ah oui, il parait que le scénario est complexe. Pitié non. Non, vraiment, non. C’est pas possible là, c’est à la mode. C’est TROP facile de justifier un scénario boiteux où l’on ferait exprès de mal raconter les choses, exprès de rendre la narration imbuvable et de justifier l’incohérence de ce qu’il s’y passe.

En soit, j’ai bien vu qu’il y avait une certaine « profondeur » car jouant un peu avec le « monde des rêves » et ce que ça peut impliquer mais ça ne suffit pas. Même Inception, qui ne m’a pas non plus follement emballé, était bien plus convainquant dans sa narration/principe des rêves. Malgré les niveaux lectures et le twist de fin, on arrivait à tirer quelque chose du scénario, on comprenait un tant soit peu ce qu’il s’y passait, il y avait une certaine cohérence dans tout ça. Là, pas grand-chose, on a vraiment cette mauvaise impression d’être devant un gros pot pourri d’idée sans recul.

Et puis à côté de ça, comme si ça ne suffisait pas, Snyder reste fidèle à lui-même dans le fond. Alors que Watchmen, à quelques ratés près c’est vrai, résistait vaillamment à la tentation de foutre du ralenti à toutes les sauces et des musiques limite hors sujets pendant certaines scènes « pour faire genre », Sucker Punch retombe dedans sans la moindre finesse.  Le côté maladroit et inutile ressort tout de suite : je me suis parfois limite senti gêné à cause du ridicule palpable de certains passages, à voir 5 nanas courtement vêtues armées jusqu’aux dents avancer au ralenti sur de la grosse musique qui tâche. Il y avait une certaine intelligence dans le choix des ralentis et des musiques dans Watchmen (Ah, l’enterrement du Comédien) que Sucker Punch n’a pas. Snyder nous dessert presque une régression vis-à-vis de celui-ci (mon seul point de comparaison, pour rappel).

Il n’empêche que Sucker Punch a un certain cachet visuel. On aime ou pas l’aspect « numérique » des choses, mais force est de constater que ça claque ! Il y a justement toujours cet aspect « artificiel» voulu dans les décors (mais justifiable d’un point de vue scénaristique on va dire) qui rend vraiment bien. L’utilisation des couleurs, du rendu de ces décors (les filtres selon « l’ambiance »), c’est quelque chose d’assez sympathique et agréable à regarder. Et pour ne rien gâcher, bien sûr et malgré les exubérances au niveau des ralentis, il faut reconnaitre que les combats ont un certain punch (sans mauvais jeu de mot).

Autant on ne pige pas toujours les tenants et aboutissants de ces scènes d’action surréalistes sorties d’on ne sait où ; autant – soyons honnête – on prend quand même pas mal son pied dans l’absolu. C’est dynamique, rythmé, correctement filmé (le Shaky cam-style de ces dernières années n’est pas trop prononcé) et certaines scènes sont même impressionnantes. On en redemanderait presque. Certes, on a du mal à croire à ce qu’il y a autour, mais on en prend plein les yeux, on se régale devant ce déluge assez bien maitrisé d’action granguignolesque et sexy.

Mais justement, ça ne rend le film que plus bancal… On aurait parfois aimé que ces passages « action » aient carrément un scénario, un film à eux seuls. On aurait aimé qu’ils soient moins « balancés » vite fait bien fait dans la trame générale histoire de remplir un éventuel cahier des charges hollywoodien. Là, je me suis plus souvent dit « tout ça pour ça ? »…

De plus, difficile de s’immerger dans un scénario complexe et possédant à côté des personnages insipides et sans réel charisme (le côté sexy, ça compte pas justement !). Ca gâche le truc à mes yeux, ça crée un décalage pas franchement agréable. On ne sait pas sur quel pied danser, on ne sait pas si le film veut se la jouer premier ou second degré (d’autant plus qu’il n’y a pas la moindre trace d’humour), s’il assume vraiment certains aspects.

Bref, une belle déception. Très esthétique, techniquement impeccable et le côté débridé de certaines scènes sont franchement plaisantes ; autant dès qu’on s’attaque à la structure, ça ne tient pas debout. On y croit pas une seule seconde, on se sent pas impliqué, on ne ressent rien envers les héroïnes et Snyder se paye le luxe de retomber dans ses mauvais travers. Le résultat n’est pas totalement mauvais mais difficile d’accrocher à quelque chose d’aussi bordélique que ma chambre avant son rangement annuel.

Finalement les chouettes, c’était peut être pas plus mal.