Katawa Shoujo, le coeur a ses raisons

Les Visual Novel, ça a toujours été une étrangeté pour moi. J’ai toujours eu du mal à imaginer un jeu, en apparence, où l’on resterait des heures derrière son écran à être totalement passif en terme de gameplay, en appuyant sur une seule touche dans le but de faire bêtement passer le texte, sans oublier de cliquer sur une option quand un choix se propose à nous, pour varier le déroulement de l’histoire, aussi bonne soit-elle.

Et puis, 90% d’entre eux sont en anglais, donc ça n’aide pas.

Et puis un jour, Kawasoft m’ouvrit les yeux. Plus précisément, j’ai pu me lancer dans le genre grâce à leur traduction dans la langue de Pétain (référence random, c’est cadeau) de Narcissu. Bon, ce premier essai fût en douceur, puisque ce n’était pas un Visual Novel à proprement parlé, mais un Sound Novel, une histoire sans embranchement, en ligne droite. Mais c’était bien. Une histoire somme toute assez touchante de la fuite d’une jeune fille d’un hôpital avec le héros où elle attendait sagement la mort, suite à une maladie incurable, semble-t-il. C’était bien écrit, passionnant et émouvant, le contrat était donc remplit pour ma part, j’en garde un bon souvenir comme dépucelage.

Découvrant la puissance d’un bon texte associé à de belles images et une bonne ost en fond sonore pour une immersion maximale, c’est avec Katawa Shoujo que je me suis laissé tenté pour un deuxième essai dans ce milieu encore bien flou. Puis faut dire, quand on sait que ce projet est entièrement amateur, tout droit sorti de la poubelle du net, 4chan et traduit à nouveau par les petits gars plein de volonté de Kawasoft, ça a de quoi titiller ma curiosité.

Mais attention, Katawa Shoujo n’est pas un projet fini ! Ce qui est dispo, c’est l’acte 1 complet, sorte de grosse intro de quelques heures (et c’est déjà énorme pour une pseudo démo) permettant de se mettre dans le bain et découvrir les bases de l’histoire. Bon, je vais éviter de recopier bêtement ce que tout le monde à dit, mais niveau scénario rien de plus simple: Hisao est un adolescent qui souffre d’arythmie. Il passe un premier temps à l’hôpital pour stabiliser sa situation. Puis, au final, on décide de l’envoyer dans une école spécialisée… dans les enfants handicapés.

Ceux qui ont des problèmes suffisamment important pour ne pas pouvoir suivre normalement les cours dans une école dite « normale ». Donc ce premier acte nous narre les aventures d’Hisao dans un milieu qui lui est totalement nouveau, où il y rencontrera diverses personnes (dont une bonne majorité de filles) ayant divers problèmes plus ou moins graves. Rien que ça.

Bien que cliché dans le fond, Katawa Shoujo est tout de suite plaisant par son défilé de personnages haut en couleur. Oui bien sûr, je vais pas tourner autour du pot, on y retrouve tous les gros poncifs de ce genre d’histoire qui tourne autour des relations entre le héros et les filles qu’il cotoie chaque jour: la timide, la nana un peu autoritaire, celle qui reste calme en toute circonstance, la « je m’en foutiste » et j’en passe, le tout lié à divers handicaps: grande brûlée, pas de bras, pas de jambe, aveugle, sourdre, muette etc.

Mais c’est là que Katawa Shoujo surprend et fait mouche: la qualité d’écriture du récit est telle qu’elle évite le plus souvent les maladresses de narration liés aux handicaps (Genre prendre le sujet trop à la légère/trop au sérieux) et permet une approche crédible du héros dans ce milieu hostile. Il est maladroit, sort parfois les mauvaises répliques au mauvais moment et s’en rend compte, se sent gêné… et c’est ce qui le rend si…identifiable, par rapport au lecteur. Je me suis souvent dit que j’aurais dit/fait pareil que lui. Ou alors, je me suis au moins posé la question, vu certaines situations quelque peu…embarrassantes. Mais ça, pour moi, c’est une force.

Bon pour être honnête, je ne dirais pas non plus que c’est un sans faute. Le style littéraire est parfois (mais rare quand même) un peu lourd (trop de métaphore pour décrire une broutille tue la métaphore, VO incluse), rendant certains passages un peu ennuyeux à suivre. Mais globalement le récit reste léger (ça reste un jeu dans le lequel on tente de se frayer un chemin dans le coeur d’une des étudiantes) mais bien prenant, avec des répliques bien senties (c’est con, mais je kiffe celle du dessus), un rythme correct avec les bons « rebondissements » qui vont avec et des passages plutôt drôles, avec l’élément perturbateur masculin qu’est Kenji. Mais je vous laisse découvrir…

Et comme tout bon VN qui se respecte, les quelques choix que l’on trouve au cours de notre partie auront bel et bien un impact sur son déroulement, offrant divers changements dont, forcément, une fin différente. A ce niveau là, la seule chose que je lui reprocherais, c’est peut être de n’être pas assez « explicite », ou plus précisément, il est difficile, pour ce que j’en ai fait, de vraiment s’orienter de façon précise vers la personne que l’on veut. Ca se joue à des détails parfois trop… « sans importance » à première vue.

Non pas que j’aimerai avoir la soluce sous les yeux pour avancer, mais quand il nous reste peu de fin à débloquer, c’est limite au petit bonheur la chance (et à grand coup de sauvegarde avant chaque choix). Bon en même temps, je me dis que si ça me « dérange » un peu, c’est peut être parce que je suis assez novice dans le genre.

Et puis bon, pour accompagner une bonne écriture et une histoire plutôt accrocheuse, il fallait de belles images. Alors ouais, dans le fond, rien d’extraordinaire dans le chara-design, c’est très classique, le design colle parfaitement aux personnalités qu’on a voulu leur attribuer… Pas de dépaysement en vue. Mais c’est beau, c’est bien dessiné (même si certains personnages semblent avoir eu un peu moins de soin de la part du dessinateur) et expressif; je n’ai vraiment pas eu l’impression d’être devant un pur projet amateur qui s’en ressentirait jusque dans les dessins comme on en trouve partout sur le net. Pour un projet de fans parti de presque rien, c’est plutôt impressionnant.

Concernant la version française, un grand merci à Kawasoft pour leur boulot. Je n’irais pas non plus faire le faux-cul en disant que tout est parfait merci Dieu d’avoir permis cette traduction. Globalement, ça marche du tonnerre dans 90% des cas. Il reste toujours quelques fautes par ci par là et quelques tournures de phrases un peu étrange/maladroite (même en prenant en compte des erreurs de la VO), mais pour quelques mots bancals sur les milliers que l’on voit défiler pendant plusieurs heures, on n’y fait plus vraiment gaffe. Les puristes de la VO iront sans doute trouver suffisamment de faute pour dire qu’il faut jouer en VO obligatoirement (et on a le choix de la langue dans le jeu, ça tombe bien), mais pour une insertion facile dans le monde merveilleux du VN en attendant de pouvoir s’attaquer à un monstre comme Umineko no Naku Koro Ni, c’est déjà un bon début. Et c’est surtout un projet de plus à soutenir pour l’expansion des Visual Novel amateur (et du VN en France grâce à Kawasoft) et ça, j’approuve !

Donc ouais, on peut le dire, Katawa Shoujo, c’est une bonne surprise. Sauf que tout est à prouver dans un avenir proche, le projet n’étant pas fini. Pour ainsi dire, je n’ai pas envie que ça devienne un bête Eroge où le but sera juste de trouver le bout de chemin pour pouvoir se taper la personne que l’on veut dans des CG pleines de positions improbables avec du liquide de la vie sur les brûlures pour satisfaire l’otak’ hardcore. Au pire, on attendra les travaux des fans pour se satisfaire.

Je ne sais pas si c’est prévu mais je prie que non. J’ai envie que KS reste un VN soft, où on pourra se lier d’amitié, voir plus si affinité avec la fille que l’on souhaite – là pas de soucis en vue, c’est ce que j’attends du jeu – mais rien de plus. Une histoire où, si c’est bien géré, on verra notre héros faire face aux handicaps des demoiselles de son école, où comment il fera pour s’y habituer et contourner le problème pour atteindre celle qu’il aime. Le potentiel est fort, la thématique assez novatrice, donc tout reste à faire.

The best is yet to come. Enfin, j’espère.